Pierre Paul PRUD'HON (Cluny 1758-Paris1823) et son atelier Clotho

Lot 118
40 000 - 60 000 €
Résultat: 48 000 €

Pierre Paul PRUD'HON (Cluny 1758-Paris1823) et son atelier Clotho

la Fileuse et Lachésis la Pelotonneuse, vers 1800 Clotho la Fileuse Crayon noir, estampe et rehaut de crayon blanc sur papier bleu passé 34,5 x 45 cm Dimension à vue : 33 x 43,8 cm Essais de crayon dans la marge supérieure (1,5 cm) Collé sur les bords sur un papier monté sur un cartonnage Quelques rousseurs, légèrement insolé Inscription gommée en bas à droite Lachésis la Pelotonneuse Crayon noir, estampe et rehauts de crayon blanc sur papier bleu passé 37 x 48,5 cm Dimension à vue : 32,5 x 44 cm Trait de délimitation original : 32,5 x 45,2 cm Essais de crayons dans la marge supérieure (4,5 cm) et inscriptions au crayon noir « en passepartout...un verre / essayer » Marge à gauche : 3 cm Clé sur les bords sur un papier monté sur un cartonnage Quelques rousseurs, insolé la paire Provenance : Ancienne collection Barthel, puis par descendance. OEuvres en rapport : Les trois Parques, panneau de l'Hôtel de Lannoy, huile sur bois, musée du Louvre (RF 1988.13) (« Prud'hon ou le rêve du Bonheur, p.147, fig.101a) Les trois Parques, carton pour l'Hôtel de Lannoy, Gray, musée Baron Martin (« Prud'hon ou le rêve du Bonheur », p.147, fig. 101) Clotho la Fileuse et Lachésis la Pelotonneuse, musée Condé, Chantilly (G.903 et 906) (bulletin du musée Condé, n°14 et n°15 du catalogue et couverture, septembre 1997) Guiffrey mentionne deux autres dessins de « Fileuse » (n°904 et 905) et une autre version de Lachésis (n°907) (John Elderfeld et Robert Gordon, « Pierre Paul Prud'hon, la poésie du corps », La Martinière, 1997, rep. p.77) Paire d'estampes par Jean Prud'hon, fils du maître, vers 1800 La justesse des accents lumineux et le velouté des passages ombrés, invitent à voir lamain dumaître oeuvrant pour les carnations féminines des deux Parques, ici transformées en allégories de la Douceur et de la Volupté. Prud'hon chantre de la féminité retrouvée, distille sa poésie langoureuse avec les subtils dégradés de son crayon, qui rendent à la chair le moelleux que les davidiens, épuisés par les virils combats révolutionnaire, avaient perdu de vue. Plus faible, l'exécution un peu molle de l'arrière- plan et des accessoires indique un proche oeuvrant près du maître, comme peut-être son fils Jean, qui exécuta les gravures. Nos deux dessins peuvent être mis en rapport avec la paire d'estampes gravées par Jean Prud'hon d'après les figures inventées par son père. Sylvain Laveissière explique avec perspicacité le parcours artistique de ces inventions pour la décoration fastueuse de l'Hôtel de Lannoy, dans le salon de la Richesse (vers 1798-1801) : « Ces pendants sont un bel exemple de « récupération » à la fois artistique et commerciale d'une idée conçue pour un autre propos. Le Salon de la Richesse de l'hôtel de Lannoy comportait un lambris régnant au-dessus des figures, orné de sujets allégoriques imitant des bas-reliefs en bronze. Au milieu du mur est, l'un d'eux figurait Les trois Parques, déroulant, filant puis coupant le fil de la vie humaine. Les belles figures de femmes assises, d'un esprit tout hellénique, inventées par Prud'hon pour cet élément secondaire d'une décoration intérieure, lui parurent mériter de former le sujet de deux estampes. Pour cela, il choisit les deux plus jeunes Parques - on comprend qu'il ait exclu la troisième, la vieille Atropos, aux fonctions mortifères -, inversa le sens de la seconde pour qu'elle fasse pendant à la première, modifia maints détails et inventa tout le paysage. Les deux dessins de Chantilly sont extrêmement finis, comme Prud'hon le faisait chaque fois qu'il donnait un dessin à graver, en l'occurrence par son fils Jean, qui fut plusieurs fois son collaborateur autour de 1800. » Les deux merveilleux dessins de même sujet du musée Condé (Chantilly) appartenaient à la duchesse de Montebello, et il est probable que le succès de ces compostions fut tel qu'il entraina Prud'hon à en exécuter quelques répliques, comme la seconde version de « Lachésis » de la collection Marielle (voir Jean Guiffrey, « L'aoueuvre de P.P. Prud'hon », 1924, n°907). L'apparition de cette paire inédite vient enrichir les déclinaisons de ces figures, dont la féminité apaisée semble correspondre à l'air du temps sous le Consulat. Lachésis la Pelotonneuse et Clotho la Fileuse, isolées de leur signification originelle, se transforment en une pure esthétisation des motifs mythologiques déclinés en pendants décoratifs. Prud'hon précède de peu la vogue du « Mérite des femmes » de Gabriel Legouvé (1764-1812), poème publié en 1801, best-seller republié pas moins de quarante fois au cours du XIXe siècle, dont voici un extrait : « Ce front pur et céleste où rougit l'innocence / Cette bouche, cet oeil, qui séduisent les coeurs, / L'une par un sourire, et l'autre par des pleurs ; / Ces cheveux se jouant en boucles ondoyantes, / Ce sein voluptueux, ces formes attrayantes, / Ce tissu transparent, dont un sang vif et pur / Court nuancer l'albâtre en long filet d'azur : ». Après les affres sanguinaires de la Révolution, cette douceur féminine retrouvée ravit la France entière (d'où l'éviction ici d'Atropos). Les trois Parques, Clotho, Lachésis et Atropos, personnifient la destinée inévitable de chaque homme : « Cependant (Achille) doit subir le sort que les Parques lui ont filé à sa naissance lorsque sa mère le mit au monde » (Homère) et Lucien fait dire à Jupiter dans son « Jupiter confondu » : « Il n'est rien qui ne soit ordonné par les Parques : tout ce qui arrive est l'oeuvre de leur fuseau, et l'événement est toujours tel qu'elles l'ont filé dès l'origine. » Cette prédestination de l'homme est divisé en trois règnes féminins : Clotho la fileuse tenant dans ses mains le fil de l'existence, Lachésis, qui préside à la naissance, décide de la destinée, tandis qu'Atropos, de son ciseau, préside à la durée de la vie et en coupe le fil. Prud'hon coiffe Lachésis d'une couronne de fruit, symbole traditionnellement associé à l'Abondance, qui échoit parfois aussi à Clotho. L'anse de la lampe à huile posée sur la dévideuse est ornée d'un papillon, symbole de diligence et rappelant la brièveté de la vie.
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